lundi 1 octobre 2007

dire et autres.

De toute façon ce que j’avais prévu depuis de si longs moments ne tarda pas à arriver. Jacques rentra ce soir là un peu comme tous les autres soirs à la différence que, cette fois-ci, il n’allait pas s’en tirer aussi bien qu’auparavant.
La porte s’ouvrit et je vis mon mari qui à son attitude, s’apprêtait à débobiner toutes ces excuses qu’il avait inventées au café du coin.

« Alors le poivrot, c’est plaisant de jouer les piliers de comptoir et de se mettre dans un état tel que même la Pologne aurait honte ? » persiflais-je. « Ce cinéma va-t-il encore durer longtemps ? Je ne supporte plus tes écarts, Jacques. Tu m’entends ? »

Il était passablement ridicule et titubant, il s’approcha de moi en minaudant ; il prit mes cheveux avec maladresse et les enroula autour de son doigt avec un regard brouillé qu’il aurait pourtant voulu tendre mais qui était transformé par l’alcool.

« Mon petit chaton, cesse donc d’ergoter de la sorte, tu sais bien que c’est une de mes grandes passions que d’aller boire un petit godet avec les collègues du bureau après le boulot… On ne va pas en faire une montagne, il ne s’agit que de deux ou trois minuscules verres de whisky… Allons, embrasse donc ton petit homme qui rentre à la maison après une journée éreintante. » Me susurra-t-il à l’oreille.

Lentement mais surement, je senti la colère me monter dans la gorge. J’avais appris tout au long de ma vie et à coup de thérapies diverses à la contenir, mais je savais que cette fois-ci, la goutte d’eau faisait déborder le vase. Je le regardais à nouveau bien en face et il me sembla qu’il avait vieilli, que l’éthyle avait pris possession de son corps. Non. J’en fus certaine. Il n’était plus le Jacques que j’avais épousé il y a de cela dix ans. Il s’était transformé en monstre aux sales pattes qu’il essayait encore à l’instant de me coller sur le visage en se pavanant.
S’en était trop.

« Jacques, j’en ai ma claque de ton attitude. J’ai été tolérante. J’ai tout accepté de toi, de tes aventures à tes passions débiles. J’ai même ouvert notre porte, notre intimité et capitulé quand il a été question d’héberger Stéphane cet imbécile qui ne jure que par un verre de trop. Mais ce soir, terminée la fête. Tu vas faire un effort ou alors tu vas faire ta valise et retourner vivre chez ta mère. » Fulminais-je hors de moi.

Je me senti soudainement beaucoup mieux, beaucoup plus calme. Pour la première fois depuis le début de notre histoire, j’avais clairement signifié ce que j’attendais de lui ; qu’il change.
Son visage se transforma, il devint livide. Il était effectivement question de me perdre et cela, il avait du mal à l’avaler.
Il noua ses mains dans une sorte de moment d’indécision. On aurait dit un enfant chapardeur pris en faute par son père qui s’apprêtait à le corriger.

« Je… Mon poussin, je regrette. Tu sais que je t’aime. Je… Ma mère ne sera jamais aussi parfaite que toi et… Hips… Changer me tente vraiment… Pas facile de… » Balança-il.

Cet élan d’hésitations ne lui réussi pas du tout. Pire, il s’enfonçait. Je décidai une dernière fois avant qu’il ne sombre dans son agonie post beuverie, de lui porter le coup de grâce. Une bonne vieille insulte pour sa conscience ferait l’affaire pour ce soir. J’étais fatiguée et je ne voulais pas m’occuper de lui comme à chaque fois qu’il recommençait.

« Tu es d’un pathétisme effarant, tu n’es qu’un virus qui envahit un peu plus chaque jour mon existence. Tu es con, Jacques et tu me fais vraiment pitié. Tu as perdu ma confiance, il va te falloir de la patience à présent pour la regagner. Tu vas pourrir ici dans le salon tout le reste de la nuit, je ne veux pas d’un tel clochard dans mon lit. » Proférais-je, lui reprochant en même temps d’avoir croisé ma route alors que je n’avais encore que dix-sept ans.

Ivre à mon tour, mais de rage, je lui claquais la porte sur le nez et d’un pas décidé je franchis le couloir pour arriver à la chambre. Je m’observais dans le miroir, au moment où je l’entendis s’effondrer sur le sofa qui sera son compagnon de la nuit, et je vis un sourire à la fois espiègle et satisfait se dessiner sur mon visage… Malgré moi.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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